demandait seulement pour elle « une place matérielle et une force physique dignes de son légitime orgueil »; cette place elle l’aura conquise ; mais elle y ajoutera mieux encore : une influence morale digne de son génie civilisateur (1). »
II. — LA COLONISATION
La politique d'association et les colons (2). — Quand M. Millet entrevoyait cet avenir en 10012, il croyait encore avoir besoin de protester contre la faveur dont jouissait la colonie de peuplement, type favori de la colonisation auprès des théoriciens du xix c siècle. « Pourquoi donc mutiler l’œuvre coloniale, s’écriait-il ? N’est-elle pas double ? N’est-il pas aussi intéressant de coloniser des peuples que des territoires V Ne pouvons-nous prospérer qu’après avoir fait le vide autour de nous ? Notre civilisation est-elle donc plus incommunicable que ne le fut autrefois la grecque ou la romaine Tout fait espérer qu’il n’en est pas ainsi et qu’une évolution nouvelle se prépare. »
Elle a été beaucoup plus rapide et plus complète que personne n’eût pu le penser. Le temps n’est pas bien loin où on répétait comme notre condamnation le mot de Bismarck : « la France a des colonies sans colons ». Qu’on relise les écrits antérieurs à 1900, on trouvera partout des idées analogues à celles d’un livre qui reçut alors fort bon accueil : « L’expansion coloniale doit se manifester, non par l’élargissement indéfini du domaine extérieur d’une nation, mais par l’exploitation rationnelle de ce domaine, suivant des principes arrêtés... La condition sine qua non d’une telle exploitation c’est une émigration abondante, ou au moins suffisante, de colons. On a peine à comprendre que, si cet élément essentiel fait défaut, il soit
(1) L'Evolution coloniale. lier. des Deux Mondes, 1 er avril 11)02.
(2) Cf. Revue du Mois, 10 mars 1000. Problèmes coloniau.r : indiijènes cl colons, par I’aul Masson.