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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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I.E PRÉCURSEUR

Caracas vers les premiers jours de juillet. Il apportait un vol umineux paquet de journaux anglais que Cajigal tenait du gouverneur de Trinidad et quil adressait à D. Juan de Casas sous une simple lettre de transmission. Cette dépêche laconique némut pas le capitaine géné­ral : il garda, deux ou trois jours, les journaux sur sa table sans les déplier et les remit ensuite à son secrétaire Andrés Bello, pour quil en traduisît, à loc­casion, les articles pouvant paraître intéressants. Bello emporta le paquet et ne savisa den prendre connais­sance que le surlendemain.

A peine en eut-il parcouru les premières lignes, rapporte-t-il lui même *, quil demeura comme pé­trifié. Ces journaux contenaient le récit de labdication des souverains entre les mains de Napoléon, ils racon­taient, dans tous leurs détails, les scènes de Bayonne, lavènement au trône dEspagne du frère de lempe­reur des Français, lexil de la famille royale et don­naient, à lappui de ces informations incroyables, les documents officiels...

D. Juan de Casas, que Bello courut prévenir, refusa d'abord de donner créance à des nouvelles « aussi dé­mesurées », déclara-t-il, et que seule « la perfidie no­toire des gazetiers anglais avait pu malicieusement imaginer ». Il convoqua toutefois le président de lAu­dience, Mosquéra, le trésorier Ignacio Canivell et dau­tres hauts fonctionnaires, les mit au courant et leur demanda conseil. Malgré Canivell, qui avait longtemps habité Londres et fit observer que le Times était un journal trop sérieux pour lancer sans fondement de telles informations, les conseillers du capitaine général se rallièrent à lavis de leur chef. Près dune semaine sécoula : rien ne vint confirmer les nouvelles; Casas crut de jdus en plus p, une mystification.

1. Amunatec.ci, Vida de D. Andrés Bello, op. cil., ch. VI, p. 88. Ce sont ces souvenirs dont nous avons tenu compte en les complétant par les rapports relatifs à la mission du c l de Lamanon (Arch, de la Marine, BB S 274), les dépêches du c ,,l! Beaver, commandant la fré­gate anglaise L'Acasla (H. O, Admiralty Leewards Islands 1808, N° 321) et celles des autorités espagnoles de Caracas. D. II, 348.

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