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I.E PRÉCURSEUR
Caracas vers les premiers jours de juillet. Il apportait un vol umineux paquet de journaux anglais que Cajigal tenait du gouverneur de Trinidad et qu’il adressait à D. Juan de Casas sous une simple lettre de transmission. Cette dépêche laconique n’émut pas le capitaine général : il garda, deux ou trois jours, les journaux sur sa table sans les déplier et les remit ensuite à son secrétaire Andrés Bello, pour qu’il en traduisît, à l’occasion, les articles pouvant paraître intéressants. Bello emporta le paquet et ne s’avisa d’en prendre connaissance que le surlendemain.
A peine en eut-il parcouru les premières lignes, rapporte-t-il lui même *, qu’il demeura comme pétrifié. Ces journaux contenaient le récit de l’abdication des souverains entre les mains de Napoléon, ils racontaient, dans tous leurs détails, les scènes de Bayonne, l’avènement au trône d’Espagne du frère de l’empereur des Français, l’exil de la famille royale et donnaient, à l’appui de ces informations incroyables, les documents officiels...
D. Juan de Casas, que Bello courut prévenir, refusa d'abord de donner créance à des nouvelles « aussi démesurées », déclara-t-il, et que seule « la perfidie notoire des gazetiers anglais avait pu malicieusement imaginer ». Il convoqua toutefois le président de l’Audience, Mosquéra, le trésorier Ignacio Canivell et d’autres hauts fonctionnaires, les mit au courant et leur demanda conseil. Malgré Canivell, qui avait longtemps habité Londres et fit observer que le Times était un journal trop sérieux pour lancer sans fondement de telles informations, les conseillers du capitaine général se rallièrent à l’avis de leur chef. Près d’une semaine s’écoula : rien ne vint confirmer les nouvelles; Casas crut de jdus en plus p, une mystification.
1. Amunatec.ci, Vida de D. Andrés Bello, op. cil., ch. VI, p. 88. Ce sont ces souvenirs dont nous avons tenu compte en les complétant par les rapports relatifs à la mission du c l de Lamanon (Arch, de la Marine, BB S 274), les dépêches du c ,,l! Beaver, commandant la frégate anglaise L'Acasla (H. O, Admiralty Leewards Islands 1808, N° 321) et celles des autorités espagnoles de Caracas. D. II, 348.
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