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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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LE LIBEKTADOR

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sont attelées à ce chai-, où Bolivar debout, nu-tête, attendri, resplendissant de jeunesse et de gloire, se laisse emmener par les rues jonchées de lauriers.

Les officiers grenadins suivaient acclamés à leur tour, incapables de dominer l’émotion qui les grise. Les drapeaux enlevés à l’ennemi apparaissent ensuite, portés haut par les soldats qui, depuis Carthagène ou Mompox, ont conquis le droit d’appartenir à la légion d’élite dont leur général décrétera demain l’institution. Puis défilent les troupes : elles ont quelques mois, quelques semaines, quelques jours à peine de services, mais elles personnifient tant de travaux et tant d’es­poirs qu’en dépit de leurs uniformes dépenaillés ou misérables, de leurs pieds nus et de leurs blessures, elles marchent avec la fierté superbe et l’assurance de vétérans chevronnés.

Les jeunes gens contemplent le cortège en un sen­timent de généreuse envie, les vieillards versent des larmes d’allégresse, les femmes, souriantes, battent des mains. On avait ouvert les prisons, et les victimes de Monteverde, avec leur figure pâle au milieu de cette foule joyeuse, avaient l’air de spectres qu’on aurait arrachés du tombeau L C’était un contraste de plus à cette fête dont le spectacle prestigieux saisissait tous les cœurs. Bolivar en éprouva profondément l’exalta­tion charmante, annonciatrice des victoires futures. Mais il percevait, en même temps, combien ces cris d’amour, ces ovations, cet enthousiasme étaient encore superficiels, éphémères et fragiles. Les regards que son esprit portait vers l’avenir lui découvraient un horizon tout assombri de menaçants orages.

III

Des dangers immédiats se faisaient d’ailleurs pres­sentir. C’était, dans la région de Coro et dans celle

1. V. Ducoudray-Holstein, Histoire de Bolivar, Paris, 1831, t. I, ch. VIII.