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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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CE PRÉCURSEUR

de Siquisique, semparait, le 23 mars, de Carora dont la population était passée au fil de lépée et, comptant à présent sur un effectif presque décuplé, se mettait har­diment en marche vers Barquisemeto.

Les indépendants y avaient cantonné une division supérieure en qualité et en nombre aux troupes de Mon- teverde et qui sapprêtait à repousser victorieusement linvasion, lorsquune formidable catastrophe vint inopi­nément ruiner lespoir déjà fléchissant de la république vénézuélienne.

IV

Le jeudi saint, 26 mars 1812, à quatre heures dune après-midi sereine, à Caracas, un fracas soudain retentit, effroyable. La terre, secouée de commotions successives, trembla, se souleva, souvrit, engloutis­sant le quart des habitants et des maisons. En quelques minutes, cette capitale, linstant davant rieuse et non­chalante, olîrait aux regards épouvantés des survivants un spectacle indicible. Les constructions écroulées avaient enseveli plus de dix mille personnes. Six mille autres avaient disparu dans les crevasses à présent refermées du sol. Des gémissements, des sanglots étouffés se faisaient entendre aux carrefours inattendus que léventrement des édifices avait tracés par endroits. Couverts de sang et de poussière, les malheureux échappés à la catastrophe se heurtaient en leurs courses folles aux murailles de débris enchevêtrés qui barraient les rues bouleversées, les places devenues des char­niers impraticables.

Le désastre sétendait à la province de Caracas, à celles de Barinas et de Maracaibo jusquaux confins de la Nouvelle-Grenade. A lexception de Valencia, Maracaibo et Coro, aucune ville ny fut épargnée. Les populations égrenées le long de la côte, de Paria à Carthagène, étaient pour la plupart détruites et, par une extraordinaire occurrence, il semblait que le fléau, en exemptant de tout dommage les villes, les provinces