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CE PRÉCURSEUR
de Siquisique, s’emparait, le 23 mars, de Carora dont la population était passée au fil de l’épée et, comptant à présent sur un effectif presque décuplé, se mettait hardiment en marche vers Barquisemeto.
Les indépendants y avaient cantonné une division supérieure en qualité et en nombre aux troupes de Mon- teverde et qui s’apprêtait à repousser victorieusement l’invasion, lorsqu’une formidable catastrophe vint inopinément ruiner l’espoir déjà fléchissant de la république vénézuélienne.
IV
Le jeudi saint, 26 mars 1812, à quatre heures d’une après-midi sereine, à Caracas, un fracas soudain retentit, effroyable. La terre, secouée de commotions successives, trembla, se souleva, s’ouvrit, engloutissant le quart des habitants et des maisons. En quelques minutes, cette capitale, l’instant d’avant rieuse et nonchalante, olîrait aux regards épouvantés des survivants un spectacle indicible. Les constructions écroulées avaient enseveli plus de dix mille personnes. Six mille autres avaient disparu dans les crevasses à présent refermées du sol. Des gémissements, des sanglots étouffés se faisaient entendre aux carrefours inattendus que l’éventrement des édifices avait tracés par endroits. Couverts de sang et de poussière, les malheureux échappés à la catastrophe se heurtaient en leurs courses folles aux murailles de débris enchevêtrés qui barraient les rues bouleversées, les places devenues des charniers impraticables.
Le désastre s’étendait à la province de Caracas, à celles de Barinas et de Maracaibo jusqu’aux confins de la Nouvelle-Grenade. A l’exception de Valencia, Maracaibo et Coro, aucune ville n’y fut épargnée. Les populations égrenées le long de la côte, de Paria à Carthagène, étaient pour la plupart détruites et, par une extraordinaire occurrence, il semblait que le fléau, en exemptant de tout dommage les villes, les provinces