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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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LE PRÉCURSEUR

peau de paille, qui présentaient gauchement les armes, tantôt, sur son passage ! Ces troupes, conduites par un général absurde, envers qui le Précurseur avait aussi de troublants motifs de rancune, sétaient montrées in­capables de défendre la branlante façade derrière la­quelle la Junte affolée dictait des mesures incertaines. Les périls samoncelaient. Maîtres du bas Orénoque, des régions de Coro et Maracaibo, les Espagnols pou­vaient à loisir soulever tout le pays.

Fallait-il du moins espérer quelque assistance exté­rieure ? Miranda, mieux que personne, savait à quoi pour­rait se réduire le bénéfice de la médiation anglaise. Le commissaire royal continuait à lancer impunément de Puerto-Rico des appels incendiaires à la contre- révolution. Aux Etats-Unis, les délégués de la Juute navaient reçu du secrétaire dEtat Richard Smith que des encouragements platoniques. Telésforo de Oréa ve­nait de rentrer à Caracas fort mal impressionné. Juan Vicente Bolivar aurait pu commander aux manufac­tures de Philadelphie larmement que ses compatriotes lavaient chargé dacquérir, mais le comte dOniz, mi­nistre dEspagne, était parvenu à persuader le jeune patriote que son gouvernement ne tarderait pas à re­connaître la Junte. Les 60.000 S quelle avait confiés à laîné des Bolivar avaient été naïvement employés par lui à lachat de machines agricoles. Celles-ci nétaiënt point parvenues du reste au Yénézuéla, Juan Vicente les ayant prises avec lui sur un navire qui sétait perdu corps et biens en vue des côtes de la Floride... Mi­randa, dont linébranlable confiance avait survécu à tant de désastres, sentit sans doute, et pour la première fois, le découragement lui monter au cœur.

II

En décrétant la rentrée de Miranda, la Junte esti­mait avoir suffisamment satisfait à ses obligations révo-