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LE PRÉCURSEUR
peau de paille, qui présentaient gauchement les armes, tantôt, sur son passage ! Ces troupes, conduites par un général absurde, envers qui le Précurseur avait aussi de troublants motifs de rancune, s’étaient montrées incapables de défendre la branlante façade derrière laquelle la Junte affolée dictait des mesures incertaines. Les périls s’amoncelaient. Maîtres du bas Orénoque, des régions de Coro et Maracaibo, les Espagnols pouvaient à loisir soulever tout le pays.
Fallait-il du moins espérer quelque assistance extérieure ? Miranda, mieux que personne, savait à quoi pourrait se réduire le bénéfice de la médiation anglaise. Le commissaire royal continuait à lancer impunément de Puerto-Rico des appels incendiaires à la contre- révolution. Aux Etats-Unis, les délégués de la Juute n’avaient reçu du secrétaire d’Etat Richard Smith que des encouragements platoniques. Telésforo de Oréa venait de rentrer à Caracas fort mal impressionné. Juan Vicente Bolivar aurait pu commander aux manufactures de Philadelphie l’armement que ses compatriotes l’avaient chargé d’acquérir, mais le comte d’Oniz, ministre d’Espagne, était parvenu à persuader le jeune patriote que son gouvernement ne tarderait pas à reconnaître la Junte. Les 60.000 S qu’elle avait confiés à l’aîné des Bolivar avaient été naïvement employés par lui à l’achat de machines agricoles. Celles-ci n’étaiënt point parvenues du reste au Yénézuéla, Juan Vicente les ayant prises avec lui sur un navire qui s’était perdu corps et biens en vue des côtes de la Floride... Miranda, dont l’inébranlable confiance avait survécu à tant de désastres, sentit sans doute, et pour la première fois, le découragement lui monter au cœur.
II
En décrétant la rentrée de Miranda, la Junte estimait avoir suffisamment satisfait à ses obligations révo-