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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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IV

Les événements qui venaient de se produire nétaient pourtant que le prologue du grand drame révolution­naire dont les scènes à venir réservaient malheureuse­ment à ces illusions trop généreuses une longue série de démentis tragiques.

Ce prologue même nétait point achevéen son ensem­ble, quisolé sans doute et sur le théâtre écarté dune province de second rang, un sanglant épisode en avait déjà gravement déconcerté lordonnance.

Pendant que les patriotes, incarcérés à Quito après larrivée des troupes auxiliaires de Nouvelle-Crenade et du Pérou, attendaient que lAudience de Santa- eût statué sur leur sort, un certain nombre des soldats de la garnison, dont lattitude avait naguère obligé le prési­dent Ruiz à reconnaître la Junte et qui, parla suite, sé­taient réfugiés dans la campagne, retournèrent en ville. Ils supposaient que les persécutions avaient pris fin et pensaient nêtre plus inquiétés. Un lesarrêta cependant, ils furent jetés en prison et la population manifesta dès lors une vive hostilité à légard des troupes doccu­pation qui, de leur côté, se livraient à tous les désor­dres, maltraitaient au moindre propos les habitants. Ceux-ci finirent par refuser dapprovisionner les soldats espagnols. Le brutal Arrechaga et le sinistre Arredonda, qui les commandaient, sétaient mal résignés à lindul­gence relative du président Ruiz envers les patriotes, quarrêtés, ils eussent voulu voir exécutés sur lheure: la résistance des habitants de Quito les exaspéra et ils ne cherchèrent plus quune occasion de vengeance. Elle ne devait pas tarder à soffrir.

Le 2 août 1810, à une heure de laprès-midi, une di­zaine des soldats récemment emprisonnés surprirent leurs gardiens, semparèrent de leurs armes et, comp­tant sur lappui de la population, coururent aux caser­nes occupées par la garnison péruvienne. Mais lalarme fut aussitôt donnée : les fugitifs arrivaient à peine sur