Druckschrift 
Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
Entstehung
Seite
288
Einzelbild herunterladen
 

288

LE PRÉCURSEUR

au nom de la justice, de la patrie et de la liberté! »

Emparân, qui ne résistait plus que pour la forme, se dirigea vers la fenêtre grande ouverte sur la place déjà grondait lémeute. Il essaya dharanguer le peuple et, voyant qu'il ny parviendrait point, il cria leplus fort quil put : « Mon gouvernement vous satisfait-il ? » Ma­dariaga sétait placé derrière le capitaine général. Il dicta dun geste la réponse. « Nous nen voulons pas! » clamèrent alors les conjurés mêlés à la foule. Docile, elle répéta le cri, grisée, enflammée, cette fois, sachant enfin ce que lon voulait delle et ce quil fallait dire : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! A mort ! Nous ne vou­lons plus de vous ! »

« (/est bien, messieurs, fit Emparân en se retour­nant vers les regidores. On ne veut pas que je gou­verne. Je ne le veux pas non plus! » Ces paroles furent immédiatement transcrites au procès-verbal de la séance du cabildo qui consacrait la déchéance du gouverneur et linstallation de la Junte de Caracas b On fit ensuite signer à Emparân des ordonnances relevant de leurs fonctions les commandants de La Guayra et de Puerto- Cabello et les remplaçant par des hommes dévoués à la conspiration. Ce furent les derniers actes officiels du capitaine général. Les patriotes usèrent dailleurs à son endroit dune courtoisie parfaite. Il reçut, en dehors de ses appointements, une forte indemnité de voyage, et, reconduit à La Guayra par une escorte dhonneur, il put, le surlendemain, en toute sécurité, sembarquer pour lEspagne.

III

Le fonctionnaire espagnol José Domingo Diaz, décri­vant dans son Histoire de la rébellion de Caracas, les événements qui viennent dêtre rapportés, fait observer, à propos de la conduite du capitaine général, quEmpa- rân, « en livrant la province aux révolutionnaires, livra

1. D., Il, 409.