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LE PRÉCURSEUR
au nom de la justice, de la patrie et de la liberté! »
Emparân, qui ne résistait plus que pour la forme, se dirigea vers la fenêtre grande ouverte sur la place où déjà grondait l’émeute. Il essaya d’haranguer le peuple et, voyant qu'il n’y parviendrait point, il cria leplus fort qu’il put : « Mon gouvernement vous satisfait-il ? » Madariaga s’était placé derrière le capitaine général. Il dicta d’un geste la réponse. « Nous n’en voulons pas! » clamèrent alors les conjurés mêlés à la foule. Docile, elle répéta le cri, grisée, enflammée, cette fois, sachant enfin ce que l’on voulait d’elle et ce qu’il fallait dire : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! A mort ! Nous ne voulons plus de vous ! »
« (’/est bien, messieurs, fit Emparân en se retournant vers les regidores. On ne veut pas que je gouverne. Je ne le veux pas non plus! » Ces paroles furent immédiatement transcrites au procès-verbal de la séance du cabildo qui consacrait la déchéance du gouverneur et l’installation de la Junte de Caracas b On fit ensuite signer à Emparân des ordonnances relevant de leurs fonctions les commandants de La Guayra et de Puerto- Cabello et les remplaçant par des hommes dévoués à la conspiration. Ce furent là les derniers actes officiels du capitaine général. Les patriotes usèrent d’ailleurs à son endroit d’une courtoisie parfaite. Il reçut, en dehors de ses appointements, une forte indemnité de voyage, et, reconduit à La Guayra par une escorte d’honneur, il put, le surlendemain, en toute sécurité, s’embarquer pour l’Espagne.
III
Le fonctionnaire espagnol José Domingo Diaz, décrivant dans son Histoire de la rébellion de Caracas, les événements qui viennent d’être rapportés, fait observer, à propos de la conduite du capitaine général, qu’Empa- rân, « en livrant la province aux révolutionnaires, livra
1. D., Il, 409.