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LE PRÉCURSEUR
II
La masse populaire, arbitre suprême de la lutte qui met aux prises les partisans de l’éducation révolutionnaire et ceux de la tradition conservatrice et dont les uns et les autres vont se disputer ardemment l’indispensable adhésion, est alors, presque partout, dynamisée en quelque sorte. Les aspirations ataviques la travaillent sourdement, achevant de réveiller en elle les instincts de rébellion et d’émeute, annonciateurs du sentiment d’indépendance nationale qui doit, pourtant, mettre longtemps à se faire jour et plus longtemps encore, à se libérer de ses premières incertitudes.
Considérées toutefois dans le détail de leur ensemble, les classes inférieures se montrent très inégalement disposées. Les populations métisses des campagnes seront plus inaccessibles au libéralisme dans les contrées montagneuses et de terre froide que dans les pays de terre chaude ou dans les plaines : c’est ainsi que les llaneros du Yénézuéla, dont l’intervention décida du sort des guerres de l’Indépendance, se laissèrent gagner bien plus tôt que les habitants mi-indiens des régions de Cûzco au Pérou ou de Pôsto en Nouvelle- Crenade*. Les nègres-esclaves, incapables de par leur état, de prendre fait, en connaissance de cause, pour l’un ou l’autre des compétiteurs, se verront, alternativement, enrôler dans chacun des camps adverses suivant que la victoire favorisera ou trahira leurs maîtres. Mais l’hostilité au principe révolutionnaire est le sentiment dominant dans la majorité île la plèbe américaine. Le courant loyaliste dont les vibrations s’atténuent à la superficie du corps social, pénétre précisément les couchés profondes qui s’en imprègnent d’autant plus fortement qu’elles sont les dernières atteintes et que ces vibrations s’y prolongent.
1. V. Samper, op. cit., ch. X.