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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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LE PRÉCURSEUR

II

La masse populaire, arbitre suprême de la lutte qui met aux prises les partisans de léducation révolution­naire et ceux de la tradition conservatrice et dont les uns et les autres vont se disputer ardemment lindispen­sable adhésion, est alors, presque partout, dynamisée en quelque sorte. Les aspirations ataviques la travaillent sourdement, achevant de réveiller en elle les instincts de rébellion et démeute, annonciateurs du sentiment dindépendance nationale qui doit, pourtant, mettre longtemps à se faire jour et plus longtemps encore, à se libérer de ses premières incertitudes.

Considérées toutefois dans le détail de leur ensemble, les classes inférieures se montrent très inégalement disposées. Les populations métisses des campagnes seront plus inaccessibles au libéralisme dans les con­trées montagneuses et de terre froide que dans les pays de terre chaude ou dans les plaines : cest ainsi que les llaneros du Yénézuéla, dont lintervention décida du sort des guerres de lIndépendance, se laissè­rent gagner bien plus tôt que les habitants mi-indiens des régions de Cûzco au Pérou ou de Pôsto en Nouvelle- Crenade*. Les nègres-esclaves, incapables de par leur état, de prendre fait, en connaissance de cause, pour lun ou lautre des compétiteurs, se verront, alterna­tivement, enrôler dans chacun des camps adverses suivant que la victoire favorisera ou trahira leurs maî­tres. Mais lhostilité au principe révolutionnaire est le sentiment dominant dans la majorité île la plèbe américaine. Le courant loyaliste dont les vibrations satténuent à la superficie du corps social, pénétre pré­cisément les couchés profondes qui sen imprègnent dautant plus fortement quelles sont les dernières atteintes et que ces vibrations sy prolongent.

1. V. Samper, op. cit., ch. X.