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LE PRÉCURSEUR
plus en plus pressants que lui faisaient tenir ses compatriotes contribuèrent à le lui rendre insupportable. La fermentation s’accentuait dans les Colonies. Il fallait agir. « Venez, lui écrivait Manuel Gual, réfugié à Trinidad après la découverte du complot d’Espana, venez ! Les peuples américains vous sollicitent. Soyez, Miranda, le sauveur de votre patrie ! Je n’ai plus d’espoir qu’en vous pour réaliser ce bel œuvre et je n’ambitionne aucun autre honneur que celui de combattre sous vos ordres L »
Miranda se sentait en outre traqué par la police de la légation d’Espagne, les ministres refusaient de le recevoir. Le séjour de Londres lui devenait pénible et dangereux. L’idée lui vint de se retourner encore vers la France.
Y
La chute du Directoire et l’avènement de Bonaparte semblaient aussi bien le prélude d’une ère nouvelle que le Manifeste du 24 frimaire an VIII avait solennellement proclamée. Le désir de la paix s’était accru sans doute parmi les Français, mais la paix, telle qu’on l’entendait à ce moment, n’était pas incompatible avec l’accomplissement des desseins les plus grandioses. On s’accordait à en pressentir°Ie vœu chez le jeune Consul, rayonnant d’intelligence, couronné par la Victoire et qui traînait après soi tous les cœurs. « La guerre avec l’Ancien Monde, la paix avec le Nouveau, l’amour de la liberté américaine et la haine pour l’Angleterre » étaient — au dire d’un contemporain 1 2 — les « oracles mêmes », sortant des apothéoses que Paris consacrait au vainqueur de Marengo.
Le rappel des pmscrits de Fructidor, les réparations éclatantes dont la plupart étaient l’objet, cette atmosphère de sécurité et de quiétude qui resplen-
1. A Miranda. Port d'Espagne, 12 juillet 1799. Becerra, op. cil., t. Il, p. 461.
2. Memorial de J. de Norvins. Paris, 1896, t. II, p 235.