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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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LE PRÉCURSEUR

plus en plus pressants que lui faisaient tenir ses compa­triotes contribuèrent à le lui rendre insupportable. La fermentation s’accentuait dans les Colonies. Il fallait agir. « Venez, lui écrivait Manuel Gual, réfugié à Trini­dad après la découverte du complot d’Espana, venez ! Les peuples américains vous sollicitent. Soyez, Miranda, le sauveur de votre patrie ! Je n’ai plus d’espoir qu’en vous pour réaliser ce bel œuvre et je n’ambitionne aucun autre honneur que celui de combattre sous vos ordres L »

Miranda se sentait en outre traqué par la police de la légation d’Espagne, les ministres refusaient de le rece­voir. Le séjour de Londres lui devenait pénible et dan­gereux. L’idée lui vint de se retourner encore vers la France.

Y

La chute du Directoire et l’avènement de Bonaparte semblaient aussi bien le prélude d’une ère nouvelle que le Manifeste du 24 frimaire an VIII avait solennel­lement proclamée. Le désir de la paix s’était accru sans doute parmi les Français, mais la paix, telle qu’on l’en­tendait à ce moment, n’était pas incompatible avec l’accomplissement des desseins les plus grandioses. On s’accordait à en pressentir°Ie vœu chez le jeune Consul, rayonnant d’intelligence, couronné par la Vic­toire et qui traînait après soi tous les cœurs. « La guerre avec l’Ancien Monde, la paix avec le Nouveau, l’amour de la liberté américaine et la haine pour l’An­gleterre » étaient — au dire d’un contemporain 1 2 — les « oracles mêmes », sortant des apothéoses que Paris consacrait au vainqueur de Marengo.

Le rappel des pmscrits de Fructidor, les répara­tions éclatantes dont la plupart étaient l’objet, cette atmosphère de sécurité et de quiétude qui resplen-

1. A Miranda. Port d'Espagne, 12 juillet 1799. Becerra, op. cil., t. Il, p. 461.

2. Memorial de J. de Norvins. Paris, 1896, t. II, p 235.