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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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LE PRÉCURSEUR

spirituelles, môme dans leur silence 1 », le nez assez court, droit et saillant en son extrémité, le menton large, le cou bien attaché sur de fortes épaules, la démarche assurée et hautaine; de manières un peu brusques, toujours simple et soigné dans sa mise, la voix basse, vibrante et rude, tout en lui disait lhomme daction, le militaire, le chef. Il était cependant extrê­mement cultivé, discret, sagace, lettré, spirituel, cau­seur aimable et brillant, parfois aussi, sombre, silencieux et concentré, ce qui déroutait ses interlocuteurs. Doué dune volonté puissante, « il voulait ce quil voulait avec une sorte dacharnement 2 ». La liberté de sa patrie fut son unique passion et le mobile de chacun de ses actes. Pour la faire prévaloir, il mit tous ses talents au service de lintrigue et nhésita pas à com­poser avec tous les moyens. Il comptait moins avec les événements quavec les hommes qui le trahirent pres­que toujours. II se laissait surprendre et décontenancer par la fortune, sans se départir de labnégation de soi-même qui semble avoir été sa vertu dominante et de la « froideur héroïque 3 » qui ne labandonna jamais.

Il

En quittant les Etats-Unis vers la fin de lannée 1784, Miranda ambitionnait d'obtenir pour lAmérique du Sud ce que Franklin avait obtenu pour lAmérique du Nord : des secours politiques, financiers et militaires, le dévouement dun autre La Fayette et lamitié dun souverain puissant 4 .

Limpératrice Catherine de Russie soffrit à jouer ce rôle, non point cependant à la manière dont lentendait Miranda. Séduite'par la bonne mine et léloquence du

1. Mémoires de la Duchesse d'Abraniès, op. cil., p. 331.

2. Serviez, LAide de camp, etc., op. cit., ch. X.

3. Michelet. Jugement sur Miranda, Histoire de la Révolution fran­çaise, 1879, t. VI, p. 341.

4. Cf. Paul Adam, op. cit.

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