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LE PRÉCURSEUR
spirituelles, môme dans leur silence 1 », le nez assez court, droit et saillant en son extrémité, le menton large, le cou bien attaché sur de fortes épaules, la démarche assurée et hautaine; de manières un peu brusques, toujours simple et soigné dans sa mise, la voix basse, vibrante et rude, tout en lui disait l’homme d’action, le militaire, le chef. Il était cependant extrêmement cultivé, discret, sagace, lettré, spirituel, causeur aimable et brillant, parfois aussi, sombre, silencieux et concentré, ce qui déroutait ses interlocuteurs. Doué d’une volonté puissante, « il voulait ce qu’il voulait avec une sorte d’acharnement 2 ». La liberté de sa patrie fut son unique passion et le mobile de chacun de ses actes. Pour la faire prévaloir, il mit tous ses talents au service de l’intrigue et n’hésita pas à composer avec tous les moyens. Il comptait moins avec les événements qu’avec les hommes qui le trahirent presque toujours. II se laissait surprendre et décontenancer par la fortune, sans se départir de l’abnégation de soi-même qui semble avoir été sa vertu dominante et de la « froideur héroïque 3 » qui ne l’abandonna jamais.
Il
En quittant les Etats-Unis vers la fin de l’année 1784, Miranda ambitionnait d'obtenir pour l’Amérique du Sud ce que Franklin avait obtenu pour l’Amérique du Nord : des secours politiques, financiers et militaires, le dévouement d’un autre La Fayette et l’amitié d’un souverain puissant 4 .
L’impératrice Catherine de Russie s’offrit à jouer ce rôle, non point cependant à la manière dont l’entendait Miranda. Séduite'par la bonne mine et l’éloquence du
1. Mémoires de la Duchesse d'Abraniès, op. cil., p. 331.
2. Serviez, L’Aide de camp, etc., op. cit., ch. X.
3. Michelet. Jugement sur Miranda, Histoire de la Révolution française, 1879, t. VI, p. 341.
4. Cf. Paul Adam, op. cit.
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