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ORIGINES DE LA RÉVOLUTION SUD-AMÉRICAINE
d’allégresse et d’amour qu’un peuple immense manifestait à l’égard du héros, cette effusion générale de tous les cœurs, ce mouvement spontané qu’excitaient la gloire et les lauriers de Napoléon, acclamé à ce moment par plus d’un million de poitrines, me parurent, pour celui qui les obtenait, le terme ultime de l’ambition d’un homme. Et, bien que je fusse loin d’imaginer qu’une telle fortune dût m’échoir un jour, j’évoquai malgré moi l’esclavage de ma patrie et l’auréole dont pourrait resplendir son affranchisseur h »
Dès ce moment pourtant, le grand vide dont souffrait l’âme magnanime de Bolivar est comblé et l’amour de la Patrie la possède à jamais.
V
Au commencement du printemps, accompagné de Rodriguez, Bolivar partit pour l’Italie. Il cédait, avec toute la jeunesse d’alors, à l’attrait de la terre d’élection, du sol illustre, « composé de la poussière des morts et des débris des empires », où il semble qu’à cette époque tant de destinées fameuses soient allées demander leur secret. Ces vestiges de la Grande Histoire. à laquelle les jeunes héros des armées républicaines venaient, en combattant pour la liberté des nations, d’ajouter d’admirables chapitres, nul n’était autant que Bolivar, avide d’y retremper son ardeur.
Les derniers mois passés à Paris avaient fait de lui un autre homme : il avait observé, réfléchi, se nourrissant plus que jamais de ses philosophes et, sous le parrainage de Rodriguez, obtenu son admission à une loge maçonnique 1 2 . 11 y rencontrait, dira-t-il, à côté de « fanatiques » insignifiants, nombre de « personnages de grand mérite 3 ». 1804-1805 fut, en effet, l’époque la
1. La Croix, Diario, etc., p. 64.
2. V. La Croix, Diario, etc., op. cil., p. 71.
3. Ibid.