LE SERMENT DU MONT SACRÉ
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jouets de la Fortune; cette grande divinité qui conduit l’univers est la seule que je reconnaisse. Il faut lui attribuer nos vertus et nos vices. Si elle n’avait mis sur ma route un trésor, jaloux serviteur des sciences, passionné pour la liberté, j’eusse revendiqué la gloire pour mon seul culte, pour l’unique fin de ma vie. Les plaisirs m’ont captivé, mais pas longtemps. L’enivrement a été de courte durée, car il confinait au dégoût. Vous prétendez que j’incline moins aux plaisirs qu’au luxe. J’en conviens. Mais, le luxe n’a-t-il pas comme un faux air de gloire ? N’ayant recueilli que de l’ennui à visiter les grandes villes, je reviens à Paris avec l’espoir d’y trouver ce que je n’ai pu rencontrer nulle part: un genre de vie qui me convienne. Mais, Thérèse, je ne suis décidément pas un homme comme les autres et Paris n’est pas le lieu où je puisse calmer les anxiétés qui me tourmentent. M’y voici depuis trois semaines et je m’y ennuie déjà. »
IV
Cette fois Bolivar n’était ni galant ni surtout sincère et la littérature lui faisait tenir un langage qu’il démentit en mainte rencontre. « Il gardait de Paris — écrit un de ses familiers 1 — le souvenir que l’on garde d’une première passion. Au milieu des graves soucis du Libertador, c’était pour lui comme une récréation d’écolier de refaire mentalement une promenade au Palais- Royal. Doué alors d’une extrême ardeur pour le plaisir et particulièrement pour les plaisirs faciles, c’était une chose vraiment extraordinaire de voir le libérateur de sa patrie faire le dénombrement des beautés qu’ils avait connues en France, avec une exactitude et une précision qui faisaient honneur à sa mémoire : il citait les calembours de Bruuet, il chantait les couplets en
1. Serviez (V. infrà Liv. II. ch. IV § IV) dans L'Aide de Camp ou l’auteur inconnu. Souvenirs des Deux-Mondes, publiés par Maurice de Viarz, un v. in-8°, Paris 1832, p. 133.