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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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I. 'aurore de la liberté

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se réfugiait à Gibraltar et se voyait élire, par les soins du gouvernement dEspagne, aux fonctions de repré­sentant provisoire aux Gortès pour la Nouvelle-Gre­nade, « ce qui me place, mandait-il à lun de ses cor­respondants 1 , dans la plus étrange des situations, puisque les tribunaux de la Péninsule voudraient me faire reconduire à mon ancien domicile de Cadix et que je me trouve être en même temps, une fraction de la souveraineté espagnole !... »

Nous reverrons Narino, vice-président de la Répu­blique de Colombie en 1823, obligé de se défendre devant le Congrès de Cucuta contre de calomnieuses et perfides attaques, retrouvant, pour confondre ses accusateurs, les accents encore vibrants de son élo­quence des meilleurs jours et mourant enfin cette année même, à Leiva dans la solitude et labandon, en léguant à la postérité ces suprêmes paroles : « Jaimai ma patrie, lhistoire dira ce que fut cet amour 2 . »

Y

Dans les « Défenses » quil dut présenter, en 1797 et en 1809, au Tribunal de lAudiencia et, en 1823, devant les membres du Congrès colombien, Narino fait de fré- quentesallusions aux négociations quil tenta dengager en Europe pour obtenir des secours en faveur des habi­tants de la Nouvelle-Grenade. Il est intéressant dy retrouver le témoignage des grands espoirs que fon­daient les Américains sur lappui de létranger.

Ceux dentre les colons qui rêvaient de liberté pour leur patrie et quune si notable supériorité de culture séparait de la masse, sans méconnaître pour cela les aspirations et les énergies latentes du peuple, sétaient de bonne heure convaincus des avantages que lassis­tance européenne pourrait réserver à la cause de lindé-

1. Lettre à Zéa. Gibraltar, 1" juin 1820, dans El Precursor, p. 481.

2. Testament de Narino dans Vergara, Vida y escritos, etc.