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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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ORIGINES DE LA RÉVOLUTION SUD-AM ÉRICAÏNE

III

Malgré le libéralisme de son esprit national, lAn­gleterre, dès la seconde moitié du dix-huitième siècle, ne parvenait plus à maintenir dans lobéissance ses possessions de lAmérique du Nord. Lorganisation profondément démocratique des émigrants ou, comme ils se dénommaient eux-mêmes, des pèlerins delà nou­velle Angleterre, brisait le moule trop étroit des an­ciennes traditions coloniales. Lhistoire de Robinson, qui ravissait déjà les lecteurs des deux mondes et dont le génial Daniel de Foë avait précisément trouvé le modèle parmi ces colons anglais, « conquérant un em­pire sur la mer et le façonnant toujours pour des résul­tats positifs 1 », donne la clef de la formation politique et sociale de ce peuple nouveau dont laudace et le posi­tivisme étaient devenus les qualités maîtresses. Les entreprises pédantes des ministres de Oeorge III, en accentuant encore les impropriétés du système colo­nial, finirent, en 1775, par pousser à la révolte les mé­contents du Massachusetts et de la Virginie.

Ceux-ci nimaginaient pas sans doute de quelle sym­pathie fraternelle les futurs caudillos (chefs de parti­sans) de lIndépendance sud-américaine, suivaient dans le secret de leurs cœurs, les péripéties de la lutte enga­gée contre une métropole européenne. En dépit de lex­trême lenteur avec laquelle les nouvelles de létranger parvenaient dans les Colonies espagnoles et malgré la surveillance des familiers du Saint-Office, les créoles de Caracas, tie Buenos-Ayres, de Quito, de Santa-, de Lima, minutieusement informés des événements du Nord-Amérique applaudissaient à la Déclaration du Con­grès de Philadelphie du h juillet 1776 et sen félicitaient comme dun succès personnel. Ils en conservèrent à ce point le souvenir, quune fois entrés dans la lice à

1. VoaüÉ, « Robinson Crusoé », dans Histoire et Poésie.