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ORIGINES DE LA RÉVOLUTION SUD-AM ÉRICAÏNE
III
Malgré le libéralisme de son esprit national, l’Angleterre, dès la seconde moitié du dix-huitième siècle, ne parvenait plus à maintenir dans l’obéissance ses possessions de l’Amérique du Nord. L’organisation profondément démocratique des émigrants ou, comme ils se dénommaient eux-mêmes, des pèlerins delà nouvelle Angleterre, brisait le moule trop étroit des anciennes traditions coloniales. L’histoire de Robinson, qui ravissait déjà les lecteurs des deux mondes et dont le génial Daniel de Foë avait précisément trouvé le modèle parmi ces colons anglais, « conquérant un empire sur la mer et le façonnant toujours pour des résultats positifs 1 », donne la clef de la formation politique et sociale de ce peuple nouveau dont l’audace et le positivisme étaient devenus les qualités maîtresses. Les entreprises pédantes des ministres de Oeorge III, en accentuant encore les impropriétés du système colonial, finirent, en 1775, par pousser à la révolte les mécontents du Massachusetts et de la Virginie.
Ceux-ci n’imaginaient pas sans doute de quelle sympathie fraternelle les futurs caudillos (chefs de partisans) de l’Indépendance sud-américaine, suivaient dans le secret de leurs cœurs, les péripéties de la lutte engagée contre une métropole européenne. En dépit de l’extrême lenteur avec laquelle les nouvelles de l’étranger parvenaient dans les Colonies espagnoles et malgré la surveillance des familiers du Saint-Office, les créoles de Caracas, tie Buenos-Ayres, de Quito, de Santa-Fé, de Lima, minutieusement informés des événements du Nord-Amérique applaudissaient à la Déclaration du Congrès de Philadelphie du h juillet 1776 et s’en félicitaient comme d’un succès personnel. Ils en conservèrent à ce point le souvenir, qu’une fois entrés dans la lice à
1. VoaüÉ, « Robinson Crusoé », dans Histoire et Poésie.