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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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ORIGINES DE LA RÉVOLUTION SUD-AMÉRICAINE

dances. Mais lardeur généreuse des chefs dÉtat ou des ministres réformateurs ne sen avisa que trop tard et lorsquil fut devenu bien difficile denrayer les ambitions subversives des Sud-Américains. Loin de détruire en eux la haine de loppresseur ou le désir daffranchissement, la politique de Charles III ne ser­vit quà les aviver. Les colons se montrèrent dautant plus insatiables quon usait de plus de bienveillance à leur égard. En abolissant une partie des institutions dun autre âge, on avait rendu cent fois plus odieux ce quon en laissait. Cette observation de Tocqueville ', à propos de létat desprit qui se manifestait en Europe, lœuvre des réformes était précisément alors, près daboutir au bouleversement général, est, en ce qui concerne les Colonies espagnoles, encore plus véri­dique.

Moins préparées à un si brusque changement de régime, celles-ci, ou, du moins, les classes de sa popu­lation que le joug meurtrit davantage depuis quil a cessé de les écraser, vont trouver, dans la prospérité soudaine par laquelle le gouvernement a cru pouvoir gagner leur gratitude, un élément de plus pour le suc­cès des entreprises quelles méditent contre lui : le premier emploi que les Américains feront de leurs richesses sera de les mettre au service de la Révolu­tion.

II

De toutes les mesures que la « philosophie » avait inspirées au comte dAranda, aucune cependant ne devait porter plus loin ses effets dans le Nouveau Monde que lexpulsion des jésuites.

Aranda professait à leur égard lintime animosité dont la plupart des hommes dEtat entouraient, au dix- huitième siècle, les trop envahissantes ambitions de la célèbre Compagnie.

1. L'Ancien Régime et la Révolution , liv. Il, ch. I or , p. 47.