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ORIGINES DE LA RÉVOLUTION SUD-AMÉRICAINE
dances. Mais l’ardeur généreuse des chefs d’État ou des ministres réformateurs ne s’en avisa que trop tard et lorsqu’il fut devenu bien difficile d’enrayer les ambitions subversives des Sud-Américains. Loin de détruire en eux la haine de l’oppresseur ou le désir d’affranchissement, la politique de Charles III ne servit qu’à les aviver. Les colons se montrèrent d’autant plus insatiables qu’on usait de plus de bienveillance à leur égard. En abolissant une partie des institutions d’un autre âge, on avait rendu cent fois plus odieux ce qu’on en laissait. Cette observation de Tocqueville ', à propos de l’état d’esprit qui se manifestait en Europe, où l’œuvre des réformes était précisément alors, près d’aboutir au bouleversement général, est, en ce qui concerne les Colonies espagnoles, encore plus véridique.
Moins préparées à un si brusque changement de régime, celles-ci, ou, du moins, les classes de sa population que le joug meurtrit davantage depuis qu’il a cessé de les écraser, vont trouver, dans la prospérité soudaine par laquelle le gouvernement a cru pouvoir gagner leur gratitude, un élément de plus pour le succès des entreprises qu’elles méditent contre lui : le premier emploi que les Américains feront de leurs richesses sera de les mettre au service de la Révolution.
II
De toutes les mesures que la « philosophie » avait inspirées au comte d’Aranda, aucune cependant ne devait porter plus loin ses effets dans le Nouveau Monde que l’expulsion des jésuites.
Aranda professait à leur égard l’intime animosité dont la plupart des hommes d’Etat entouraient, au dix- huitième siècle, les trop envahissantes ambitions de la célèbre Compagnie.
1. L'Ancien Régime et la Révolution , liv. Il, ch. I or , p. 47.