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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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il les réprouve, le chef se doit dencourager; déban­dades éperdues qui semblent tout compromettre, alter­nant, dans la poussière rougeâtre des soirs de victoire, avec les acclamations brutales des foules délirantes. Existence de sauvageries obscures et forcenées, quavec le seul souci dy tremper encore sa volonté farouche et datteindre son rêve, accepte et glorifie le grand homme, soutenu par le sentiment inébranlable de ses immenses destinées.

V

Bolivar, qui, vers la seconde semaine de décembre, était arrivé à Barranca, sy trouvait à peine installé qu'il songeait aux moyens de prendre immédiatement l'offensive. La région du bas Magdaléna, dont le poste de Barranca occupait à peu près le centre, était au pou­voir des Espagnols : les détachements quils avaient échelonnés le long du fleuve rendaient toute commu­nication impossible avec lintérieur de la Nouvelle-Gre­nade. Bolivar estimait néanmoins quune attaque hardie et rapide lui fournirait le moyen de déloger lennemi; il entreprit de la préparer. Mais Labatut se refusait à toute discussion. U avait prescrit à son nouveau lieu­tenant dattendre des ordres à Barranca et venait de partir en expédition pour Sainte-Marthe. Bolivar résolut alors de sentendre directement avec le président To- rices f , obtint son suffrage et, dès le 21 décembre, fut prêt à sengager dans laventure quil était pourtant seul à croire réalisable.

Le lendemain, à la nuit tombante, les 2U0 hommes que Bolivar a réunis, équipés et décidés à le suivre, sembarquent sur une dizaine île ces champânes, longs radeaux plats à toit de chaume, halés par les robustes bateliers du pays, les bayas qui, debout et rangés sur chaque côté du bateau, le poussent, infatigablement, sous eux, au moyen de perches fortement appuyées

1. O'Lkary, Memorias, t. I, ch. V, p. 101.