Druckschrift 
Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
Entstehung
Seite
442
Einzelbild herunterladen
 

442

BOLIVAR

tout jamais compromises. Bolivar, qui va désormais oc­cuper le premier rôle sur le théâtre de la guerre dAmé­rique, allait cependant, par un coup de géniale audace, modifier de fond en comble la face des événements, af­franchir pour un temps la Nouvelle-Grenade et inau­gurer la série des exploits dont lIndépendance du Nouveau Monde sera le but et laboutissement.

IV

Réfugié dans la maison du marquis de Casa Léon, Bolivar, durant les jours qui suivirent lentrée de Mon- teverde à Caracas, avait assisté, le désespoir dans làme, aux sanglantes représailles de ses ennemis. Les Espa­gnols, les islenos et les partisans de la cause royale désignés alors sous le nom de godos (les goths), entou­rèrent le vainqueur de Miranda, dès quil eut pris pos­session des fonctions de gouverneur intérimaire de la province,et le persuadèrent de tirer une éclatante ven­geance de tous ceux qui sétaient compromis dans la rébellion. Monteverde, esprit faillie et dailleurs soup­çonneux et cruel par nature, se laissa convaincre.

Il avait solennellement, etàdeuxreprises par des pro­clamations datéesdes 3et 5 août 1812, promisde ne point user de violence à légard des patriotes, mais la crainte de voir la population sinsurger à nouveau contre son autorité lui lit adopter les mesures que son entourage lui signalait comme indispensables à la sécurité et à lexistence môme du régime restauré. Un comité se­cret, réunissant les godos les plus exaltés, fut chargé de dresser journellement des listes de suspects. Monte­verde navait garde den modifier la teneur, et de si­nistres policiers, les prendcdôres, y ajoutaient même à loisir les noms des créoles, innocents ou coupables, qui refusaient de payer les rançons exigées par leurs persécuteurs.

Le 15 août, ordre fut transmis aux commandants militaires des villes de province darrêter les indi-