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Bolivar et l'émancipation des colonies espagnoles des origines à 1815 / par Jules Mancini
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ORIGINES DE LA. RÉVOLUTION SUD-AMÉRICAINE

avec la contrebande effrénée des nations étrangères, que pour les colons, astreints à payer parfois jusqu’à cincj ou six cents lois la valeur des produits 1 que leur apportaient péniblement les caravanes traversant d’imnienses et dangereux territoires. La répression qu’encouraient les Américains, naturellement portés à transgresser des mesures aussi restrictives, était rigou- sement appliquée. Le code colonial prévoyait commu­nément, à cet égard, la confiscation et même la mort.

IV

Les prohibitions et les sévérités du régime commer­cial, l’autorité soupçonneuse qui s’étendait de l’alcade aux Audiencias et du commandeur au vice-roi, l’es­clavage et la crédulité, entretenus par le clergé dans une population dont les autres délégués de la Cou­ronne avaient assumé la tâche d’exciter les jalousies et les haines, ne parvinrent cependant pas à neutraliser ni même à détruire en Amérique l’esprit de liberté et d’indépendance.

Cet instinct primordial et dominant du caractère sud- américain se serait avivé du seul fait qu’un joug insup­portable s’efforçait d’en contenir les aspirations les plus normales. Il y eut pour l’exciter encore et le por­ter, si l’on peut dire, au paroxysme, un stimulant d’au­tant plus incoercible qu’il résultait de l’ambiance même de la terre natale.

S6us ce soleil qui magnifie toutes choses, les pas­sions s’exaltent, bouillonnent dans un vertige pareil à celui dont frémit la nature. La contagion seule en avait démesuré les fureurs de la Conquête. On eût attendu sans doute des antécédents de ses protago­nistes, les forfaits habituels à l’époque la plus forcenée de l’histoire. Mais ori'n’eùt jamais supposé qu’une fré­nésie, jusqu’alors insoupçonnée dans le crime, ou les

1. V’. G. Juan (»1 Antonio de Ulloa, Yoijaqe historique de l'Amérique méridionale. 2 vol. in-4 0 , 1752, t. I, liv. V., ch. Vit.